Miscellanées de nouvelles (18)

Et voici une nouvelle entrée dans la série des Miscellanées de nouvelles. Le menu du jour ? Du 100% Bifrost pour pouvoir voter pour le prix des lecteurs de la revue (une des joies de l’abonnement). Dans ce billet, voyons donc les nouvelles de numéro 90 consacré à Edmond Hamilton. Elles sont au nombre de trois : deux de ce dernier et un de Michael Rheyss, pseudonyme de Ugo Bellagamba.

« Le Berceau de la création » de Edmond Hamilton est la dernière nouvelle écrite dans l’univers du Capitaine Future, mieux connu en France pour son avatar sériel animé le Capitaine Flam (et son générique « Capitaine Flam tu n’es pas de notre galaxie mais du fond de la nuit. D’aussi loin que l’infini tu descends jusqu’ici pour sauver tous les hommes »…). En ce qui me concerne, je ne connais que le dessin animé (avec Albator, Ulysse 31, Goldorak et, plus tard, le très misogyne Cobra). C’est donc une agréable découverte que ce texte de space opera pulp qui commence avec un vol par effraction et se termine dans le Berceau de la création, lieu du Big Bang où le Capitaine Future et son équipe tentent d’empêcher un savant (fou) de jouer à devenir Dieu. Le plus étonnant dans cette nouvelle à la tonalité plutôt sombre? La fragilité du Capitaine et sa conscience de cet état de fait. Elle tranche le souvenir de perfection morale induit par la série animée. La traduction est de Pierre-Paul Durastanti.

Masquée, voilée par le dense nuage noir qu’elle engendrait, protégée derrière ses barrières de tourbillons et les marées puissantes de la matière qu’elle créait, la spirale tournoyait comme une nébuleuse, projetant ses semences vers les recoins les plus éloignés de la galaxie.
Un vertige époustouflant sur lequel nul regard humain n’aurait jamais dû se poser, un éblouissement qu’aucun cerveau n’aurait jamais dû chercher à appréhender, ne cessait de se répéter Ezra Gurney, tapis dans son siège, les yeux rivés sur cette gloire embrumée. « Tout de même, souffla-t-il, tout de même, on ne va pas aller là-bas ! »

« Les Torches » de Michael Rheyss est un bel hommage, érudit et très référence, à la SF de l’âge d’or de la SF, à ses pulps et à son sense of wonder. Ralph, pour ses treize ans, reçoit en cadeau l’ordinateur portable de son grand-père, une antiquité vieille de plus de vingt ans, dans laquelle se trouve une vidéo dudit grand-père. L’auteur revisite les liens entres science et SF et parvient à faire rêver, à nouveau, le lecteur à une exploration des étoiles. La plume légère et précise manque ni d’humour, ni d’ironie.

Si « Les Torches » incite à rêver de conquête spatiale, « Comment c’est là-haut ? » de Edmond Hamilton a le mérite de remettre cette dernière dans une perspective ultra réaliste. Ce qui motive l’exploration spatiale, ce n’est pas la beauté des étoiles ou une meilleure connaissance de notre univers, non. Si un jour l’être humain colonise d’autres lieux que la Terre, ce sera plus probablement uniquement pour leurs ressources. Le sergent Frank Haddon faisait partie de la deuxième expédition sur Mars. Vingt fusées habitées lancées vers Mars pour en récolter l’uranium. Il a eu la chance d’en revenir et se fait un devoir de visiter les proches de ceux qui ont péri. Impossible pour lui de leur livrer la vérité, nue, brute. D’une part parce que personne ne souhaite vraiment l’entendre et d’autres part parce que cela ne ferait qu’infliger une douleur inutile à ceux qui souffrent d’avoir perdu un fils ou un petit-ami. Magnifique texte où courage et lâcheté se cristallisent au point de se valoir. La traduction de Luce Terrier a été révisée par Pierre-Paul Durastanti.

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