Ormeshadow – Priya Sharma

Ormeshadow

De Priya Sharma

Le Bélial’ collection Une Heure-Lumière –  176 pages. Traduction de Anne-Sylvie Homassel.

Ormeshadow est le vingt-neuvième titre de la collection Une Heure-Lumière.

Des temps révolus

Angleterre. Fin du XIXeme siècle. Gideon et Clare et John Belman, ses parents  quittent la belle ville de Bath pour rejoindre la ferme familiale, son oncle Thomas et son épouse Maud. Ils ont deux enfants et deux chiens. Le choc culturel est rude. La situation de son père à Bath lui permettait d’avoir une éducation, un accès à une bibliothèque dans une ville moderne. Vivre à Ormesleep, la ferme familiale dans la région d’Orme­shadow, c’est faire un saut en arrière dans le temps. La région, pauvre, inhospitalière, n’offre d’autre perspectives qu’un dur labeur et une fin précoce. Sans compter que la famille ne s’entend guère : Thomas en veut à John d’être parti et lui fait payer ses rêves de grandeur. Le deux couples ne parviennent pas à vivre ensemble sans heurt. A la mort de John, Gideon doit quitter l’école et assurer sa part.

« Là où il y a des livres, il y a du savoir. Rien n’est plus beau, mais l’homme a besoin d’autre chose. Son âme crie famine, pas seulement son corps, ni son esprit. L’homme a besoin de paix. Certains la trouvent à l’église. Moi, c’est sur l’Orme, depuis toujours. »

Bien avant cela, dans un temps bien plus lointain, la légende raconte qu’une immense dragonne survola la baie avant de plonger dans la mer pour s’y rafraîchir et panser les plaies récoltées dans la guerre contre les hommes. Elle s’allongea ensuite sur le rivage et s’endormit pour des centaines d’années jusqu’à ce que l’herbe pousse sur son dos, qu’on oublie jusqu’à son existence et qu’un village s’installe dans son ombre. Mais la famille de John Belman n’a pas oublié, car elle est la gardienne du repos de la dragonne.

« C’est ici qu’elle t’entend le mieux. Elle n’en manque pas un mot.
– Vraiment ? »
Une pensée traversa l’esprit de Gideon.
« Comment sais-tu qu’elle est encore vivante ? »
John Belman posa la main sur la paroi.
« Elle dort, c’est tout. La mort et le sommeil, ce n’est pas la même chose. »

Immersion

« Je lis Ormeshadow et j’ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps » voilà ce que j’avais envie d’écrire tant le destin de Gideon prend aux tripes. La narration, sous forme de tranches de vie toutes plus tristes ou miséreuses les unes que les autres, monte crescendo dans le malheur. L’écriture, très immersive, nous plonge sans ménagement dans le quotidien sordide d’une famille dysfonctionnelle et d’un gamin innocent bien peu armé pour survivre. L’orme devient un refuge et la légende d’une princesse dragonne une oasis de paix. L’écriture est très immersive : devant l’immensité de l’océan, nous sentons le vent sur les falaises nous fouetter, goûtons le sel sur nos lèvres, percevons le froid glacial de l’hiver, le ventre vide de Gideon, les coups portés. Les personnages sont à l’image du climat rude et sans pitié : durs, parfois cruels, terre-à-terre parce que la grandeur d’âme ne nourrit pas son homme. Les adultes, ici, sont peu charitables et la mise en lumière sur leurs nombreux défauts assez crue. Pas un pour sauver l’autre, pas même chez les plus réprouvés d’entre eux. La fin peut-être interprétée de plusieurs manières selon qu’on décide de croire ou non aux légendes. J’ai choisi mon camp.

Roman d’apprentissage teinté d’une pointe de fantasy, Ormeshadow mérite bien des éloges : subtil, magnifiquement construit, admirablement écrit, superbement traduit… en un mot ? Magistral.

Projet Ombre 2021Le #ProjetOmbre
Lecture #5

 

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10 réponses

  1. Célindanaé dit :

    « en un mot ? Magistral. » Tout à fait d’accord avec toi!

  2. Baroona dit :

    « J’ai choisi mon camp. » : quelque chose me dit que je sais déjà lequel je vais choisir. ^^
    Il sera du voyage avec le prochain Shepard pour moi, tu renforces ma hâte !

  3. shaya dit :

    J’ai très envie de lire de base, et tu me donnes encore plus envie !

  4. Vert dit :

    Chic, hâte de le lire alors ^^

  5. Yuyine dit :

    Merci pour le lien 🙂
    Je l’ai trouvé tout aussi admirable. Plein de subtilité comme tu le soulèves, envoûtant, en équilibre sur les genres.

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