La Chose en soi – Adam Roberts

La Chose en soi

D’Adam Roberts

Denoël collection Lunes d’encre, 416 pages. Traduction de Sébastien Guillot

Quatrième de couverture

1986. Charles Gardner et Roy Curtius sont isolés sur une base en Antarctique. Ils participent au programme de recherche d’éventuels signaux en provenance d’une intelligence extraterrestre. Si Charles est pragmatique et expansif, Roy est taciturne et, surtout, obsédé par la lecture de la Critique de la raison pure.
Leur cohabitation forcée va virer à l’inimitié à cause d’une lettre : une de celles que Charles a reçues et qu’il a accepté de vendre, sans l’avoir lue, à Roy qui ne reçoit jamais de courrier. La tension est à son comble lorsque celui-ci prétend avoir résolu le paradoxe de Fermi grâce aux textes de Kant. Serait-il devenu fou ? Représente-t-il un danger, alors qu’une tempête éclate à l’extérieur et qu’aucun secours n’est envisageable avant plusieurs jours ? La vision récente du film The Thing, de John Carpenter, n’est pas pour rassurer Charles…

C’est le texte de quatrième de couverture qui ne reprend que le prologue du roman. Je vous envoie chez Gromovar pour dépasser ce prologue sans trop spoiler le roman. Notre échange en commentaire contient d’ailleurs une prophétie auto-réalisatrice en ce qui me concerne.

Not for me

Une bonne dose de SF philosophique, une parfum d’indicible, quelques scènes d’horreur (bien gores) saupoudrées d’une forte tension psychologique, voilà le cocktail que propose La Chose en soi. Ajoutons à cela, un personnage très passif qui ne pose jamais une seule question pertinente – un anglais que n’aurait pas renié Ian McEwan, une intelligence artificielle retorse et un Hannibal Lecter en vadrouille. Et des vraies tranches de référence qui cachent d’autres d’autres références, une structure kantienne qui plaira à ceux qui ont aimé Inception de Christopher Nolan. Le roman est intelligent, érudit et teinté d’humour mais il est aussi aussi bavard et poseur. Comme pour Anatèm de Neal Stephenson, j’ai constamment été tiraillée entre ennui profond et moments de jubilation. En résumé, La Chose en soi n’a pas fonctionné avec moi. Et oui, ce billet est un billet « ce n’est pas un mauvais bouquin, c’est la blogueuse qui a mauvais goût ».

Une citation

Ranger tout ce qui existe dans quatre jolies petites boîtes appelées, euh… » – j’ai consulté l’écran – « quantité, qualité, relation et modalité. Les subdiviser chacune en trois autres sous-sections bien ordonnées, c’est… un trouble obsessionnel compulsif, voilà ce que c’est. J’ai fait quelques recherches sur Kant ; ça correspond trait pour trait au genre d’homme qu’il était. Il se levait tous les jours à la même heure, traversait la place de la ville pour se rendre au travail avec une telle ponctualité que les gens avaient coutume d’en profiter pour régler leur montre. Comprenez-moi bien : je ne porte aucun jugement. Il faut de tout pour faire un monde. Mais ce type était quand même un drôle de petit bonhomme, obsédé par l’ordre et la perfection ; et qui – surprise ! – a élaboré un système philosophique consacrant l’ordre et la perfection comme la vérité du cosmos tout entier.

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8 réponses

  1. Zoé dit :

    Ah, quand ça veut pas, ça veut pas.
    C’est ce qui me retient de me lancer dans ce roman. Je pense que les aspects huis-clos, tension psychologique etc. pourraient me plaire, mais je redoute aussi l’ennui profond. Et de ne rien comprendre à Kant (j’ai rien compris Inception). Et 416 pages quand on s’ennuie, c’est long. Trèèèès long.
    Bravo d’être allée au bout… (tu es allée au bout ???! Comment t’as fait ??)

    • Lhisbei dit :

      àa, ça ne voulait pas du tout.
      Il y a plusieurs strates mais une histoire plus compréhensible que celle d’Inception à mon avis (et j’ai détesté Inception alors que je n’ai pas détesté lire La Chose en soi).

      Oui, je suis allée jusqu’au bout. Il en faut beaucoup plus pour que j’abandonne un bouquin heureusement. Surtout pour un bon bouquin. J’aime bien l’effet de dissociation que ça procure. je vois que c’est un bon bouquin, je vois ce qu’il a de séduisant, d’intelligent et pourtant je sens que ça ne fonctionne pas pour moi. En plus je suis toujours curieuse de comprendre ce que veut dire un auteur et de savoir comment l’histoire se termine (c’est pour ça que j’ai beaucoup de mal avec les fins très ouvertes). Et puis on est jamais à l’abri d’une surprise en cours de route 🙂

  2. yogo dit :

    Je n’ai pas tout compris mais qu’est ce que c’était bien…

    Pour anatèm tu es impardonnable. lol

  3. Baroona dit :

    C’est bon, t’es vaccinée concernant l’auteur là, non ? ^^
    En tout cas c’est plein d’éléments qui me font peur, ça ne me rassure clairement pas. Y’a pas un moyen de faire une prophétie auto-anti-réalisatrice ? ^^’

    • Lhisbei dit :

      Oui je crois qu’on peux dire que j’ai eu ma 2eme dose 😀
      Choisis ton mantra de protection :
      « La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine … mène à la souffrance. »
      ou
      « Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi. »

      Voila tu peux à présent t’engager avec confiance dans la lecture de la Chose en soi… 😉

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