De Ketty Steward
Argyll, collection « RéciFs » – 128 pages
Foodistan est une novella partiellement inédite : le chapitre « De Gustibus » est paru sous forme de nouvelle dans l’anthologie Marmite & Micro-ondes aux éditions Gephyre et le chapitre « Light » dans le n°5 de la revue Le Ventre et l’oreille.
Retour de chronique du Bifrost 117
Avec RéciFs, les éditions Argyll, fidèles à leur ligne éditoriale engagée, proposent des récits courts exclusivement signés par des autrices, et ce du monde entier. La collection ambitionne de faire découvrir une pluralité d’imaginaires féminins et de révéler des voix contemporaines uniques. Les illustrations de couverture, signées Anouck Faure, parviennent à capturer l’essence des textes tout en soulignant l’atmosphère propre à chaque ouvrage. Et confèrent à la collection une identité visuelle et une cohérence. Examinons le troisième titre de cette collection.
Foodistan, première œuvre en français de la collection, est une novella audacieuse signée Ketty Steward. Alliant récits courts, poésie en vers libres et recettes inspirées d’univers science-fictionnels (Dune de Frank Herbert, Les Dépossédés d’Ursula K. Le Guin, ou encore Le Monde vert de Brian Aldiss) l’autrice dépeint un futur post-apocalyptique où pandémies, effondrement climatique et crises économiques ont mené à une « faim du monde ». Dans cette société, de nouveaux régimes alimentaires (panivores, soupeux, pastavores…) redéfinissent les modes de vie, et le langage évolue avec des jeux de mots subversifs : « crise » devient « cerise », l’apocalypse se mue en « apérolypse ». À travers le personnage de Maelle Aromy, artisane serrurière et autrice d’un livre de recettes sociologiques, Ketty Steward dresse une critique incisive des dérives sociétales contemporaines et des mécanismes de domination et de contrôle. L’alternance entre dystopie, poésie et humour noir confère une profondeur unique à cette œuvre, qui joue avec les codes de la science-fiction pour mieux interroger notre époque.
Avec ces trois premiers titres très différents, la collection Récifs offre déjà un panorama varié de voix féminines, le début d’une mosaïque littéraire à découvrir et à savourer. Nul doute que chacun y trouvera de quoi éveiller sa curiosité et nourrir son imagination.
Un extrait
Les tournois publics de marmithon, populaires, étaient diffusés deux fois par an dans les menus spectacles des plateaux gratuits et Maelle n’en manquait pas un.
Elle ignorait qu’il existait aussi des compétitions privées, vraisemblablement réservées aux mieux nourris, mais probablement pas aux seuls membres du Gratin. Colin ne lui aurait pas offert l’invitation.
Maelle troqua sa salopette grise de serrurière contre une combi fluide, beige clair, un bon compromis entre les blancs du Gratin et des Mousseux et les couleurs vives habituelles à la Macédoine assumée.
Elle tassa et égalisa le soufflé de sa coiffure et se rendit au stade de la Soif en cabine de transport rapide.
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« Ce soir, on joue ! Ce soir, on joue avec la nourriture ! » annonça le serveur, aussitôt acclamé par la foule.
Depuis sa loge, Maelle avait une vue plongeante sur la table gigantesque couverte d’une nappe blanc nacré. Colin ne s’était pas moqué d’elle !
Elle bénéficiait d’une place avec plateau-repas. Elle recevrait donc, comme les quelques privilégiés classés de même, un échantillon du menu : l’entrée, la soupe, les trois plats et le dessert.
Ceux du Gratin qui ne se nourrissaient plus par la bouche auraient droit à l’odeur des mets et aux sons de m
Pour aller plus loin
- De Ketty Steward sur le RSF Blog : « Saletés d’hormones et autres complications » (+ « Elles saignent » + « Rouge », « Un jeu d’enfant » dans le Bifrost 89
- Lire les avis de Nevertwhere, Chut Maman Lit, Au pays des Cave Trolls, De l’autre côté des livres, Le Nocher des Livres, L’épaule d’Orion, Charybde 27, Les Chroniques du Chroniqueur, Mondes de poche.


