Miscellanées de nouvelles (26) : Bifrost 101 et 102

Voici une nouvelle entrée dans la série des Miscellanées de nouvelles. Au menu du jour : des nouvelles issues des numéros 101 et 102 de la revue Bifrost. Pour ces deux numéros, je ne me suis pas plongée dans les dossiers, les deux auteurs – Dan Simmons pour le 101 et Arthur C. Clarke pour le 102 – m’intéressant moins. J’ai les ai lu il y a longtemps (bien avant de commencer à garder une trace de mes lectures sur internet) et je n’ai pas spécifiquement envie d’y revenir, voire même pas du tout en ce qui concerne Simmons depuis ma tentative de lecture Flashback (je préfère garder mes bons souvenirs des Cantos d’Hypérion).

Bifrost n° 102 (avril 2021)

J’avais déjà lu « Les Neuf Milliards de noms de Dieu » d’Arthur C. Clarke dans sa précédente édition en Librio (qui date de 1998). A la relecture, la « magie » opère toujours. Bien joué ! Direction le Tibet où l’informatique aide les moines à recenser tous les noms possibles de Dieu. Une mission dont l’issue pourrait bien concerner l’humanité entière… Très réussi.

« La Viandeuse » de Ian R. MacLeod nous plonge au coeur de la Seconde Guerre mondiale au sein d’une base de bombardiers de la RAF. Chaque base a, parait-il, sa viandeuse, celle qui porte la poisse, celle qu’il ne faut pas fréquenter, ne serait-ce qu’une nuit, sous peine de ne pas revenir de la mission suivante. Ian McLeod se penche sur la vie de l’une d’entre elles, ostracisée, par superstition. Lorsque Walt Williams, le pilote le plus chanceux de la RAF est affecté à la base, la rencontre est inévitable. Qu’en sortira-t-il ? Émouvant, intelligent, « La Viandeuse » est un excellent texte avec une petite touche de fantastique qui laisse au lecteur le choix d’y croire ou pas.

On ne sait jamais, hein ? On ne sait jamais. Un jour, votre couchette est encore chaude ; le lendemain, quelqu’un se plaint que personne n’ait changé les draps et qu’ils restent imprégnés de votre odeur.

« Demande d’extraction » de Rich Larson rappelle Predator. Un commando de soldats augmentés mais moralement contestables (un chef camé jusqu’à la moelle, des passés troubles, les personnages sont bien caractérisés mais a-t-on envie de les voir survivre ?), une planète étrangère, un marais maudit, des morts, une bestiole inédite, et une narration en mode survival. Total désintérêt pour ma part, mais c’était prévisible.

« L’Étoile » d’Arthur C. Clarke met en scène un astrophysicien jésuite dirige une expédition de recherche sur Nébuleuse du Phénix. La découverte des vestiges d’une civilisation technologiquement avancée fait chanceler sa foi. Un texte court et émouvant.

Cette tragédie est unique. L’extinction et la disparition d’une race, comme cela s’est souvent produit sur la Terre pour certaines nations et certains peuples, est une chose. Mais la destruction radicale d’une civilisation dans son plein épanouissement, une éradication ne laissant pas le moindre survivant, en est une autre. Comment concilier une chose pareille avec l’idée de miséricorde divine ?

On notera aussi dans ce Bifrost l’intéressant entretien avec Manchu dans Paroles d’illustrateur. Bilan de lecture ? Une belle sélection de nouvelles encore une fois, mis à part le texte de Rich Larson qui m’a beaucoup moins parlé.

Bifrost n° 101 (janvier 2021)

« La Fièvre de Steve » de Greg Egan suit Lincoln un jeune garçon infecté par des nanorobots, comme des milliers d’autres personnes.Des parasites, qui constituent une intelligence artificielle et une conscience unique, résultant d’une expérience d’un savant mégalomane. Pour lutter contre la diffusion de ces nanomachines (une épidémie), le gouvernement n’a pas hésité à employer la force (et à assassiner des centaines d’infectés, notez l’intelligence, la subtilité et l’efficacité de la riposte). L’intelligence qui guide les machines a appris de ses erreurs et n’utilisent plus les hôtes que quelques semaines. Lincoln se retrouve à vouloir rallier Atlanta à tout prix. Son voyage vire à l’obsession et sa grand-mère décide de l’aider à affronter ça en l’accompagnant. Sur le fond, Greg Egan exploite son idée dans toutes les ramifications possibles et explore  la façon dont la société intègre un bouleversement technologique qu’elle ne maîtrise pas. Des personnages vraisemblables, des dialogues crédibles, des interactions réalistes pour une idée vertigineuse. Très bon texte. L’avis de FeydRautha.

« Tu es sûre de ne pas être infectée toi aussi ? demanda son père à sa grand-mère.
– Ne joue pas à L’Invasion des profanateurs avec moi, Carl, répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel. »

« Je vous ai donné toute l’herbe » de Christian Léourier est une histoire de colonisation d’une planète lointaine. Le vaisseau qui s’est posé des centaines d’année auparavant, piloté par une intelligence artificielle, a généré un environnement propice à la vie humaine mais encore limité géographiquement. L’écosystème importé, invasif, gagne tous les jours un peu plus de terrain. La Structure abrite à présent les premiers colons, des enfants qui grandissent sans adultes mais pas sans empathie, une forme cartésienne basée sur les bases de données compulsées par la Structure. Elle permet à ses unités de faire preuve d’une forme d’empathie ressemblant à l’amour protecteur d’une famille. Parmi les jeunes colons, Dan, approche l’âge adulte et sera bientôt un Parent. Sa compagne Liv attend leur premier enfant. Dan se pose beaucoup de questions, sur les Parents, l’absence d’adulte dans la structure et sur la vie en général. Le texte est superbe, profondément humaniste et nous pousse à réfléchir.

« Le Serveur et la Dragonne » de Hannu Rajaniemi. J’avais lu Le voleur quantique et j’étais restée sur le carreau. Nouvelle tentative avec ce format court. Verdict ? Malgré la poésie du texte (je me retiens de faire une vanne pourrie sur la poésie de l’espace), je suis restée complètement hermétique. L’auteur a écrit une uchronie (Summerland) qui n’a pas trouvé d’éditeur francophone pour la traduire pour l’instant. Je ne sais pas si je dois le déplorer ou m’en réjouir finalement.

« La Barbe et les cheveux : deux morsures » de Dan Simmons commençait bien avec deux gamins persuadés que le salon de coiffure à l’ancienne (barbe comprise) était tenu par deux vampires. Leur curiosité les poussent à mener l’enquête. Le plan est simple, après une filature qui n’a pas abouti sur des conclusions probantes, il est nécessaire de s’introduire dans le salon, de nuit, pour trouver des « preuves ». Avec l’arrive de l’explication, le texte fait plouf et perd sa saveur (sans spoiler, tout ça pour ça ? Remboursez !).

Bilan de lecture de ce Bifrost ? Un peu plus mitigé avec deux nouvelles sur quatre qui valaient la lecture.

Challenge Winter short stories of SFFF – Célindanaë
#3 (encore du Bifrost)

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