Bifrost n°121 – Jo Walton

Le 121eme numéro de Bifrost avait tout pour me plaire. Il s’intéresse à Jo Walton, l’une de mes autrices préférée et la couverture est l’oeuvre Florence Magnin, une illustratrice que j’aime beaucoup (assez pour avoir une reproduction de cette affiche, numérotée (182/450), signée et encadrée en tout cas).

Les nouvelles

« Contraction d’Iris » de Peter Watts

Dans un futur proche où les médecins humains sont devenus rares et où les intelligences artificielles assurent l’essentiel du suivi médical, Iris est persuadée d’avoir contracté une étrange infection. Pourtant, personne ne semble la prendre au sérieux. On avance dans l’incertitude aux côtés d’Iris. On partageant ses doutes face à des symptômes qui échappent aux classifications connues. L’auteur joue avec les thèmes de la contamination, de la métamorphose et du rapport au corps, tout en dressant le portrait inquiétant d’une société où l’humain est devenu un simple rouage dans un vaste système de traitement de données. Dense, un peu glaçant et assez réussi.

Leur manque de perspicacité ne les a pas empêchés de planter leur drapeau sur cette petite saloperie. Ils l’ont baptisée en s’inspirant de son mode d’infection supposé. Ça se mélange avec les larmes, après tout. Ça entre par la cornée, infecte les fenêtres de votre âme.
Ils l’ont appelée Iris.

« Trois contes du crépuscule » de Jo Walton

Dans un village hors du temps, à la lisière d’une forêt, trois récits s’entrelacent autour d’une mystérieuse jeune femme en gris, d’un homme fait de clair de lune, d’un colporteur et d’un jeune roi. Avec l’élégance des contes traditionnels et une sensibilité résolument moderne, Jo Walton revisite les codes du conte de fées pour offrir une histoire pleine de magie, de poésie et d’émotion. Le décor et l’ambiance sont très vite plantés et la magie opère. Elle nous parle d’indépendance, de liberté et de la place accordée aux femmes dans les récits et dans la vie.

« Le Ministère des coïncidences » de Xavier Mauméjean

Xavier Mauméjean nous entraîne dans un univers où quatre réalités parallèles coexistent et où une administration veille à maintenir l’équilibre entre elles. Thomas Gibson, juriste influent, s’apprête à faire adopter une réforme qui pourrait bouleverser cet équilibre fragile.
Comme souvent chez Xavier Mauméjean, la narration demande une certaine attention et ne livre pas immédiatement toutes ses clés. Je ne suis pas sûre de les avoir trouvé ces clés, d’ailleurs.

« L’Affaire de la Tour sanglante » de Ray Nayler

Située dans un Moyen-Orient alternatif (aux accents uchroniques ?), cette enquête met en scène Qadir, savant et enquêteur appelé à résoudre une affaire aussi mystérieuse que spectaculaire. Ray Nayler construit un univers d’une remarquable densité en quelques pages et s’intéresse à la condition des femmes dans une société profondément patriarcale. Un goût de trop peu. J’aimerais lire d’autres nouvelles dans cet univers…

La cité vit dans la terreur. Un rapt a eu lieu récemment. Une des filles d’un marchand a été enlevée alors qu’elle lavait des vêtements avec une de ses servantes, près de la mer Caspienne. Je l’ai d’abord ignoré en pensant que c’était une affaire arrangée – l’acte d’un prétendant que son père n’aurait pas approuvé.
– Ce n’était pas le cas ?
– Non. La nuit dernière, son ravisseur l’a précipitée du haut du minaret de la Grande Mosquée.

Rubriques et entretiens

Le cahier critique est bien fourni. Anthos à gogo, la rubrique de Philippe Boulier, passe en revue les anthologies récentes. Du côté des entretiens, Erwann Perchoc part à la rencontre de Renaud Layet, libraire de la librairie toulousaine Série B, spécialisée dans le polar et les littératures de l’imaginaire. Un échange passionnant sur le métier de libraire indépendant et l’évolution du marché du livre. Le numéro accueille aussi une tribune d’Emet North, L’Imaginaire trans dans l’Amérique de Trump. Un texte fort qui analyse les conséquences des offensives politiques menées contre les personnes transgenres et LGBTQIA+  aux USA (on peut parler de chasse aux sorcières) et la manière dont les auteurs et autrices de l’imaginaire s’en emparent. C’est effrayant.

Dans Scientifiction, Roland Lehoucq s’intéresse à l’énergie solaire. Fidèle à son habitude, il mêle histoire des sciences, vulgarisation et réflexion prospective dans un article aussi accessible qu’instructif. Enfin, le numéro dévoile les résultats du Prix des lecteurs de Bifrost 2025, qui récompense notamment Mina Jacobson pour « Résonances » parue dans le Bifrost n°120 et Suzanne Palmer pour « Joe 33% » parue dans le Bifrost n°117, traduction Pierre-Paul Durastanti.

Dossier Jo Walton

Dans « Jo Walton : parmi les autres », Erwann Perchoc propose un long entretien qui retrace le parcours de l’autrice, de ses débuts jusqu’à ses romans les plus récents. Grande lectrice, passionnée d’histoire et de littérature, Jo Walton se montre aussi érudite que spontanée, amusante et incisive. Elle revient sur ses influences, sa méthode de travail, ses romans, son rapport aux genres de l’imaginaire et sa conception de l’écriture. Le tout sans langue de bois mais avec beaucoup de respect et de bienveillance.
Le dossier est complété par « Dans la fabrique du subtil changement », un guide de lecture particulièrement utile pour découvrir ou approfondir son œuvre. L’article met en lumière les thèmes récurrents de ses romans : l’histoire, les mondes alternatifs, les sociétés imaginaires, la place des femmes ou encore les rapports entre littérature et réalité.
Enfin, Alain Sprauel propose une bibliographie détaillée qui permet de mesurer la richesse et la diversité d’une œuvre encore trop peu connue en France au regard de son importance dans les littératures de l’imaginaire contemporaines. Oui, je suis enthousiaste, oui je suis en mode fangirl.

En conclusion de ce Bifrost n°121 ? Ce numéro 121 fait partie de ces Bifrost particulièrement réussis où la qualité du dossier central se combine à celle des textes de fiction. Le dossier consacré à Jo Walton constitue une excellente porte d’entrée dans une œuvre riche, intelligente et profondément originale.

Pour aller plus loin

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.